Élève en grande difficulté : que faire en classe ?

Un enseignant aide un élève en difficulté à travailler dans son cahier, dans une salle de classe lumineuse.

Lorsqu’un élève décroche, tout semble soudain devenir flou. Les séances glissent, les stratégies qui fonctionnaient ailleurs restent sans effet et l’enseignant se retrouve en première ligne face à une situation qui paraît dépasser le cadre ordinaire de la classe. Faut-il adapter davantage ? Faire un PPRE ? Demander un bilan ? Envisager un PAP ? Ou aller plus loin vers un dossier MDPH ?
Avant de se perdre dans les acronymes, il y a une réalité essentielle à garder en tête : la grande majorité des difficultés relèvent d’abord du droit commun, pas d’un trouble.

Cet article vous propose une boussole claire et graduée, pour savoir quoi faire, dans quel ordre, et avec quels appuis.


1. Grande difficulté scolaire ≠ trouble des apprentissages

Les difficultés scolaires ont mille visages. Peu d’entre elles relèvent immédiatement d’un trouble. La première étape consiste donc à rester prudent sur l’interprétation et à faire le point sur ce qui relève :

  • des écarts d’apprentissage “classiques” au sein d’une classe hétérogène
  • de difficultés persistantes malgré les adaptations
  • ou d’un profil qui questionne plus largement

La loi prévoit une réponse graduée : on commence toujours par le droit commun, puis on avance pas à pas.


2. Repérer les signes sans paniquer

Personne n’attend des enseignants qu’ils se transforment en psychologues ou en neurospécialistes. En revanche, certains signaux peuvent alerter :

  • lenteur extrême ou importante variation selon les tâches
  • non-acquisition de compétences attendues malgré l’enseignement explicite
  • difficultés massives de décodage ou de compréhension
  • écrits très pauvres, illisibles ou non fonctionnels
  • perte de repères dans les consignes, même simples
  • fatigue cognitive, évitement, refus scolaire léger
  • incapacité à transférer une compétence déjà vue

Ces signes ne disent pas “trouble”, mais ils invitent à observer finement.


3. Les premiers gestes à mettre en place en classe

Avant d’activer quoi que ce soit d’officiel, il existe un ensemble de gestes efficaces et rapides :

  • simplifier et clarifier la consigne
  • fractionner la tâche
  • proposer un modèle ou une grille d’aide
  • verbaliser davantage les stratégies
  • augmenter légèrement le temps alloué
  • offrir un étayage visuel (schémas, pictogrammes, étapes)
  • varier les modalités (oral, manipulation, petits groupes, exercices courts)
  • renforcer l’évaluation formative plutôt que sommative

Ces ajustements sont légers, mais cumulés, ils amorcent souvent une vraie dynamique.


4. Tracer : une étape clé souvent négligée

Pour objectiver l’évolution (ou la stagnation), il est indispensable de garder quelques traces :

  • photos d’activités ou de productions
  • annotations des cahiers
  • évaluations ciblées et datées
  • bilan d’étape toutes les quelques semaines
  • observations factuelles (et non interprétatives)

Ce suivi permet de mieux comprendre la situation et facilitera les échanges avec la famille, la circonscription ou les partenaires (RASED, psychologue de l’Education nationale…).


5. Associer la famille tôt… mais avec finesse

Il ne s’agit ni de minimiser, ni d’alarmer. Une bonne communication repose sur :

  • des exemples concrets plutôt que des jugements
  • un discours centré sur l’objectif (“faire réussir votre enfant”)
  • des ajustements visibles (“voici ce qui a été mis en place en classe”)
  • la recherche d’une coopération plutôt que d’une orientation

Plus l’alliance est solide, plus le cadre partagé est efficace.


6. Mobiliser les ressources

Un enseignant n’a jamais à se débrouiller seul face à une grande difficulté scolaire. Le système prévoit toute une série d’acteurs et de leviers, souvent sous-utilisés.

  • Les collègues : échanges de pratiques, regards croisés, co-observations ponctuelles.
  • La direction : soutien dans la conduite des équipes éducatives, lien avec la circonscription.
  • Les conseillers pédagogiques : analyse fine de la situation, outils d’observation, pistes didactiques.
  • Le psychologue de l’Éducation nationale : observation, repérage, guidance.
  • Le RASED : aides spécialisées, regard complémentaire.
  • Le PAS (dans les départements qui en disposent) : observation en classe, coordination, repères pour la différenciation, travail avec la famille.
  • Les remédiations internes : APC, ateliers ciblés, travail en petits groupes…
  • Les évaluations nationales : des repères objectifs pour identifier l’écart et comprendre la nature des difficultés.
  • Les équipes éducatives : un cadre institutionnel pour clarifier les besoins, le rôle de chacun et les prochaines étapes.

Mobiliser ces ressources, c’est rendre la situation collective.


7. Le PPRE : l’outil structurant du droit commun

Le PPRE est souvent sous-utilisé. Pourtant, il est conçu exactement pour les élèves en grande difficulté scolaire.

Il sert à :

  • cibler 1 à 3 objectifs précis
  • définir des actions simples, réalistes, rapidement évaluables
  • coordonner les interventions
  • mesurer l’évolution à court terme

Sur Eduscol, une documentation claire rappelle ce qu’est un PPRE, ce qu’il permet, et comment le construire. C’est un outil d’étape, pas un engagement à long terme.


8. Le PAP : utile, mais pas pour toutes les situations

Le PAP n’est pas le premier réflexe. Il est pertinent quand :

  • il y a un trouble des apprentissages
  • des bilans extérieurs (orthophonie, neuropsychologie, psychomotricité…) sont présents
  • les adaptations de base ne suffisent pas

Il ne remplace pas un enseignement adapté, mais il formalise des aménagements pédagogiques durables.


9. Quand penser au dossier MDPH ?

Uniquement lorsque :

  1. les adaptations du droit commun ont été mobilisées
  2. un PPRE a été mené correctement
  3. les évaluations et bilans confirment un trouble ou un handicap
  4. un PAP a déjà été tenté si pertinent
  5. l’équipe éducative partage le constat

La MDPH intervient après le droit commun, jamais avant et c’est la famille qui initie la démarche.


10. La cohérence d’équipe : le cœur du dispositif

Les dispositifs aident… mais jamais autant qu’une équipe unie.
Une situation de difficulté scolaire ne se résout pas seul dans sa classe. Elle se construit :

  • en partageant les repères
  • en harmonisant les postures
  • en posant des objectifs réalistes
  • en coordonnant les aides

C’est la cohérence collective qui crée la continuité pour l’élève.


Conclusion

Accompagner un élève en grande difficulté scolaire demande de la patience, de la méthode et une vision graduée. Avant de parler PAP ou MDPH, il existe une palette d’actions, accessibles, et souvent suffisantes pour relancer les apprentissages.

L’enjeu n’est pas de trouver “le bon dispositif”, mais de poser les étapes dans le bon ordre, en construisant une démarche solide avec l’équipe et la famille.
Personne n’avance seul. Et chaque petite marche compte.

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PPRE, PAI, PAP, PPS : comprendre les dispositifs scolaires

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